Mères… face à l’adversité

Dans son roman La part d’Ombre (disponible aux éditions de la Safranède que je remercie pour le Service Pack), Marie-Françoise Chevallier Le Page met en scène une femme en deuil de son mari qui, en mémoire de lui, part à la rencontre de deux autres femmes. Toutes deux sont liées à un drame. L’une est mère de la victime, l’autre est mère du coupable désigné.

Une écriture soutenue

Avant de parler du fond, j’aimerais revenir sur la forme parce qu’elle m’a vraiment interpelée. J’espère que Madame Chevallier Lepage n’en prendra pas ombrage, mais je dois l’avouer, j’ai eu beaucoup de mal à entrer dans l’histoire parce qu’en son début, l’écriture m’a paru trop soutenue, trop alambiquée, trop artificielle. J’avais l’impression que l’auteur « s’écoutait écrire »… Je ne sais pas trop comment exprimer mon ressenti autrement qu’avec cette expression qui n’existe pas.
Toutefois, j’ai dépassé ce cap relativement rapidement. Je ne sais pas si c’est moi qui me suis habituée aux tournures ou si c’est l’écriture qui s’est allégée, mais au fur et à mesure des chapitres, je l’ai trouvée de moins en moins pesante même s’il demeure quelques lenteurs dans le texte qui m’ont rendu sa lecture exclusive impossible (j’ai lu deux autres recueils en parallèle de celui-ci, ce qui n’est pas dans mes habitudes).

Le cœur des mères

Pour en revenir au fond, j’ai aimé l’idée de s’interroger sur comment peut réagir la famille de l’auteur d’un crime. Tout commence avec ce fait divers d’un adolescent qui a violé et tué sa camarade de classe. La narratrice va à la rencontre de la mère de ce jeune garçon et nous entraîne dans une exploration très détaillée. Au départ, il s’agit juste de découvrir le lien entre cette femme et son fils puis, l’événement tragique se rapproche et avec lui toute l’incompréhension, toute l’incrédulité, tous les sentiments de révolte.
J’ai trouvé cette partie vraiment bien développée et intéressante.
Puis la logique amène notre narratrice à s’inquiéter de l’autre mère, celle qui a perdu la chair de sa chair. Étrangement, malgré un fort sentiment d’injustice et d’incompréhension, j’ai trouvé que cette dernière, a pu dépasser cette douleur ou du moins a su trouver de la sérénité qui lui permet de supporter cette douleur. En effet, l’une comme l’autre transparaissent dans ses dires.

Les rouages de la justice

Au-delà des portraits de ces deux femmes, le roman se questionne également, presque par hasard, sur une enquête au coupable désigné d’avance. J’ai beaucoup aimé le petit passage onirique et fantastique qui amène la conteuse à se pencher sur la question, à approfondir cette réflexion. Mais au-delà de ça, j’ai vraiment apprécié la critique juste d’un système qui ne prend pas toujours le temps de chercher au-delà de la première impression.

L’essence du propos

Mais le roman est avant tout une exploration de l’âme de ces trois femmes (narratrice comprise) en particulier et des femmes en général. Au final, il ressemble presque plus à un témoignage qu’à un roman. J’ai trouvé le sujet vraiment très intéressant et bien traité. J’ai aussi vraiment apprécié le côté intimiste et introspectif.

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